Série d’interviews sur l’accessibilité : Thomas Zilliox

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Abstract

Notre série d’interviews sur l’accessibilité se poursuit avec un invité de marque, à savoir Thomas Zilliox.

Article

OpenWeb : Faisons connaissance. sourire

Thomas Zilliox : Je m’appelle Thomas Zilliox, je suis développeur web en freelance et je suis daltonien.

Le daltonisme est une anomalie génétique qui peut m’empêcher de distinguer des couleurs, ou au contraire de les associer. C’est une infirmité légère qui n’est pas très handicapante dans la vie de tous les jours. Cela peut même être un avantage : par exemple je n’ai aucun souci à retrouver une balle verte « camouflage » dans de l’herbe, puisque je vois l’herbe orange… pétant.

Néanmoins, de temps en temps, ce détail de ma vie me rattrape et peut m’empêcher :

  • De comprendre une consigne : à l’examen du code, « la voiture grise doit-elle passer avant la voiture bleue ? »
  • D’utiliser certaines interfaces : devant un distributeur dont les boutons « Valider », « Corriger » et « Annuler » ne sont identifiables que par leur couleur verte, jaune et rouge.
  • D’exercer certaines tâches : je ne serai jamais démineur, « je coupe le fil vert ou le fil rouge ? ». Plus embêtant pour moi qui fait beaucoup de développement CSS, je suis incapable de pondre un design agréable pour les non-daltoniens.

OpenWeb : Pouvez-vous nous présenter la(les) technologie(s) d’assistance ou les moyens que vous avez à votre disposition, et ce que cela vous permet de faire sur le Web ?

Thomas Zilliox : Le seul outil que j’utilise pour contrer mon daltonisme est une pipette à couleur. Ce n’est évidemment pas une bonne solution, car si je sais lire un code hexadécimal, c’est parce que je suis moi-même développeur.

Ce serait beaucoup plus simple s’il existait un outil qui me permette de nommer une couleur sélectionnée. Il y a eu une expérience pour nommer les zones de couleurs par XKCD. Il en ressort qu’il est difficile de faire que les non-daltoniens se mettent d’accord sur ce sujet. Il en a même été conclu que si tu demandes assez de noms de couleur à une même personne, elle devient folle.

OpenWeb : Des exemples de sites que vous aimez utiliser ou sur lesquels vous aimez bien naviguer ?

Thomas Zilliox : J’aime naviguer sur la plupart des sites internet, heureusement !
Je me sens en confiance sur les sites en noir et blanc ou ne jouant qu’avec une seule teinte de couleur, ainsi je suis sûr de rien manquer.

Enfin je crois, il n’est peut-être monochrome que pour les daltoniens ?

OpenWeb : Un bonus, trois choses qui vous rendent dingue et auxquelles vous ne souhaitez plus être confronté sur un site ?

Thomas Zilliox :

De l’information transmise seulement avec de la couleur

Le principal problème du daltonien, c’est la communication. Lorsque que vous allez lui demander « On prend le métro rouge ? », il va vous répondre « Oui, on prend le métro A ». Il est plus sage de ne pas faire confiance aux couleurs que l’on voit et de ne pas s’appuyer dessus pour une description. Appliquez ceci à un site web, si un message est visuellement un message d’erreur seulement parce qu’il est écrit rouge, il restera un simple texte pour les daltoniens. Si vous lui apposez un signe ⚠, vous êtes sûr que les daltoniens comprendront aussi.

Est-ce grave ? Ça dépend de quelle est l’importance de l’information que vous diffusez avec des couleurs.

Je me rappelle d’un site où les articles étaient classés à l’aide de couleurs. Chaque couleur correspondait à un label, la table de correspondance se trouvant juste à côté. Je ne pouvais évidemment pas naviguer.

Il y a un projet prometteur pour aider les daltoniens avec ce genre de situation. ColorAdd est un système d’identification pour représenter les couleurs par des symboles. Si votre couleur a une valeur, lui apposer un de ces symboles lui permettra d’être lisible par les daltoniens. Si les métros lyonnais utilisaient ce système pour identifier leur métro, je pourrais plus aisément parler du métro rouge !

Des associations couleur-forme non-constantes

En voiture, vous savez que l’on passe au feu vert, s’arrête au feu rouge et ralentit au feu orange. Dans mon monde, on s’arrête quand le feu est en haut. Maintenant, s’il y a un feu orange clignotant en bas, je ne saurais jamais qu’il est orange !

Associer des formes ou des symboles à votre signalétique est très bien, mais pensez bien à être constant. Lorsque vous allez manquer de pictogrammes, vous allez être tenté d’utiliser le même pour 2 catégories différentes. Pour les différencier, vous allez leur associer deux couleurs différentes. Dans ce cas, même s’il s’agit de deux couleurs que je peux distinguer, je n’y ferais pas attention. On se retrouve alors dans une situation pire que s’il n’y avait pas de pictogramme. Au lieu de ne pas me donner d’information, vous m’en donnez une mauvaise.

De faibles contrastes de lumière

Même si les daltoniens ne voient pas les même teintes, ils voient la même luminosité.

Une astuce est donc de passer son interface en noir et blanc pour voir si les zones sont toujours identifiables et le texte toujours lisible.

Petit exemple frustrant, je vous invite à imaginer ce que j’ai vu à l’annonce des résultats des élections présidentielles 2012 !

Note : cette interview fait partie d’une série d’interviews sur l’accessibilité.

À propos de cet article

Vos commentaires

  • Delphine M. Le 7 avril 2014 à 12:06

    Bonjour,
    Je suis contente de voir que Thomas mentionne Color Add. J’ai découvert ça il y a quelques temps et je trouve le code très bien fait.
    Il permet de symboliser 25 couleurs (7 couleurs sur 3 tons différents + 2 niveaux de gris + noir et blanc) en combinant 5 formes.
    (Avec une forme supplémentaire dans le symbole, on peut inclure l’or et l’argent)
    À voir à l’usage, mais j’aimerais beaucoup le voir se rependre.

  • Delphine M. Le 7 avril 2014 à 12:06

    Bonjour,
    Je suis contente de voir que Thomas mentionne Color Add. J’ai découvert ça il y a quelques temps et je trouve le code très bien fait.
    Il permet de symboliser 25 couleurs (7 couleurs sur 3 tons différents + 2 niveaux de gris + noir et blanc) avec une combinaison de 6 formes.
    (Avec une forme supplémentaire dans le symbole, on peut inclure l’or et l’argent)
    À voir à l’usage…

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