Introduction à l’accessibilité

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Abstract

Pour mieux comprendre l’accessibilité, faisons un tour d’horizon des handicaps et des technologies permettant de les contourner, et comment le W3C s’attelle à faire du Web un endroit accessible à tous.

Article

Introduction

L'un des grands défis pour l'évolution du Web est de le rendre accessible aux personnes qui ont des besoins spécifiques en terme d'interface. On pense bien sûr aux personnes handicapées. Par handicap, on n'entend pas uniquement les handicaps visuels (non-voyant ou malvoyant), mais aussi les autres (handicap moteur et mental).

Avant de voir comment il est possible de rendre un site accessible, voyons d'abord quels sont les handicaps existants, comment la technologie permet de les contourner, et quelles contraintes ces technologies ont sur le design Web

Handicap moteur

Ce groupe est composé à son tour d'une grande variété de handicaps. Dans beaucoup de cas, l'utilisation d'une souris ou d'un clavier sont très difficiles, voire impossibles. Ils utilisent souvent des navigateurs conventionnels, mais le principal problème pour eux est la navigation dans la page, utilisant l'équivalent de la touche Tabulation, accédant ainsi en séquence à tous les éléments cliquables dans la page. Dans certains cas, un simple trackball acheté dans le commerce peut faire office d'aide technique : manipulé plus lentement qu'une souris, un tel équipement sera très utile, sauf quand il s'agit de cliquer en un temps imparti dans une zone de l'écran, comme on le voit parfois dans des animations réalisées avec Flash ou JavaScript. Par ailleurs, les handicaps moteurs liés aux membres inférieurs n'ont bien sûr pas d'impact sur l'utilisation d'un navigateur.

Handicap visuel

Non-voyants

Il s'agit du handicap le plus souvent pris en compte, grâce au travail remarquable d'associations comme BrailleNet. L'utilisateur aveugle peut utiliser un navigateur moderne ou texte associé à un synthétiseur vocal (IBM Home Page Reader, JAWS), aussi appelés lecteurs d'écran (screen-reader), une plage Braille (qui restitue sous forme de matrice de picots les caractères Braille). Dans ce cas de la plage Braille, seul le texte est restitué. Dans le cas des lecteurs d'écrans, certaines versions offrent la possibilité de restituer certains types de texte de façon différentes (utilisation de plusieurs voix), à vitesse variable. Un des principaux soucis est alors la navigation, car le non-voyant navigue dans la page de façon séquentielle. A cela s'ajoute l'absence de compatibilité avec JavaScript pour certaines de ces technologies : comment lire un texte déroulant à haute voix ? Comment manipuler avec un clavier un menu dynamique qui est prévu pour s'afficher quand le curseur de la souris le survole ?

Mal-voyants

Dans un certain nombre de cas, si le handicap n'est pas trop prononcé, il est possible d'utiliser des logiciels permettant de zoomer sur l'écran, des loupes d'écran. La lecture est nécessairement plus lente et la navigation plus difficile. Certaines personnes ont aussi du mal à lire du texte noir sur fond blanc.

Daltoniens

Une catégorie à part parmi les mal-voyants concerne les daltoniens, personnes qui ont des difficultés à différencier certaines couleurs entre elles. Les daltoniens ne sont en fait génés dans leur consultation d'une page web que dans deux cas généraux :

  • lorsqu'un texte est écrit sur un fond qu'ils confondent avec la couleur du texte ;
  • lorsqu'une partie de l'information est codée uniquement par la couleur. Un simple indice en texte permet alors de contourner le handicap.

Handicap auditif

Ce groupe est l'un des moins atteint, dans la mesure où son principal souci est de percevoir des signaux audio comme les bips de message d'erreurs ou la bande-son d'une animation multimédia, assez peu utilisés sur le Web. Quand le handicap auditif s'additionne au handicap visuel, la plage Braille est bien souvent l'unique solution adaptative.

Handicap cognitif ou neurologique

C'est certainement le groupe le plus difficile à contenter, avec des handicaps très légers comme la dyslexie, jusqu'à des problèmes beaucoup plus graves. Pour les personnes lisant lentement, le défilement de texte peut être trop difficile à lire. Pour les épileptiques, certains types de clignotement sont néfastes et peuvent provoquer des crises.

Alternatives aux navigateurs traditionnels

Plus largement, certaines personnes considèrent aussi que l'accessibilité est ce qui permet l'utilisation de contenus web sur les nouveaux appareils connectés au Web, appareils qui ne sont pas les classiques ordinateurs personnels (PC). L'environnement imaginé par le développeur Web quand il a conçu son document est alors bien loin de la réalité. L'écran couleur en 800x600 est remplacé par un écran monochrome de basse résolution, JavaScript n'est pas forcément supporté par la machine, et le balisage HTML non standard est supporté différement, quand il est interprété.

L'action du W3C

Face à ces différents handicaps, et depuis le début, le W3C a intégré dans ses travaux le concept d'accessibilité. La partie la plus visible de ces travaux est l'initiative pour l'accessibilité , qui a produit une spécification sur le contenu Web, la WCAG. Tim Berners-Lee, inventeur du Web et fondateur du W3C, déclare lui-même dans son livre Weaving the Web :

A travers tout notre travail sur les langages Hypertexte, graphiques et multimédia, on retrouve notre préoccupation d'un accès pour tous à l'information indépendemment de la culture, du langage et du handicap. La WAI conçoit des protocoles et des logiciels qui rendent le Web accessible aux personnes atteintes de handicaps auditifs, physiques, cognitifs ou neurologiques. (…) L'essentiel de cet effort là n'est effectif que si les concepteurs Web prennent en compte l'accessibilité dans le cadre de leur travail. Les communautés techniques et handicapées ont travaillé ensemble pour produire un ensemble de recommandations sur les étapes à suivre les plus efficaces et les plus pratiques. Il s'agit là d'une lecture recommandée aux webmestres.

Prise en compte de l'accessibilité dans les spécifications

L'accessibilité est en effet au cœur de toutes les spécifications du W3C. Prenons par exemple les images, inutilisables par qui a recours à un lecteur vocal. En HTML 4 et XHTML 1.x, chaque balise img doit être accompagnée de son attribut alt="description de l'image", faute de quoi le code n'est pas valide, et donc signalé comme incorrect par le Validator. Par ailleurs, des notions spécifiques à l'accessibilité sont présentes dans les spécifications. On trouve par exemple tabindex ou accesskey, qui permettent au développeur de contrôler la navigation au clavier, ainsi que des attributs tels que longdesc, permettant l'insertion d'une description longue des éléments de type image ou appliquette.

Plus généralement, les technologies HTML et XHTML strictes (donc sans balisage de présentation), associées aux feuilles de styles CSS, permet la séparation de la structure de la présentation.

L'illusion du contrôle de l'affichage

Un des défis lié à l'accessibilité, et même au design Web en général, est l'immense disparité des terminaux utilisés pour exploiter l'information. Même en considérant qu'un site Web est prévu uniquement pour s'afficher sur un navigateur graphique tournant sur un ordinateur personnel (mais qui peut prétendre connaître toutes les configurations de ses utilisateurs ?), la diversité des équipements est ingérable pour qui souhaite un affichage identique sur les différentes plateformes. Voyons pourquoi :

  • un écran informatique peut à l'heure actuelle disposer de 640 à 1920 pixels de large (soit un facteur 3) ;
  • la résolution d'écran varie entre 72 ppp et 133 ppp (cas du PC portable de l'auteur de cet article, affichant 1600 pixels sur 12 pouces de large) ;
  • les différents systèmes d'exploitation ne disposent pas d'un ensemble commun de polices de caractères installées par défaut ;
  • tous les navigateurs n'ont pas la même taille de caractère par défaut, ni la même façon d'interpréter les spécifications du W3C ;
  • les navigateurs ne supportent pas tous les même versions des spécifications du W3C. Par exemple, MSIE/Win offre une compatibilité médiocre avec la transparence des images PNG et ignore le comportement de l'élément q. Le navigateur Opera, quant à lui, n'a vu un support correct du DOM que depuis sa récente version 7 ;
  • certains utilisateurs peuvent changer les préférences d'affichage et même disposer de feuilles de styles utilisateur, permettant de forcer la façon d'afficher des sites (fond toujours noir, caractères toujours blancs et gras) ;
  • certains utilisateurs désactivent JavaScript pour des raisons de sécurité (11% des internautes).

Pour toutes ces raisons, l'approche consistant à chercher un affichage identique sur tous les navigateurs est une bataille perdue d'avance. La perspective de contrôler le rendu d'un document Web s'éloigne plus encore quand on prend en compte l'accessibilité et les aides techniques associées. Quelques exemples simples : comment rendre les attributs gras et italique dans un synthétiseur vocal ? Comment afficher un texte déroulant écrit en Javascript avec une plage Braille ou dans un Tréo ? Comment rendre des tableaux et des pixels transparents dans un navigateur texte ?

Séparation de la structure du document de sa présentation

La démarche proposée par le W3C est en fait très simple, et consiste à séparer la structure du document de sa présentation. Cette solution est mise en oeuvre dans HTML 4 et XHTML, qui permettent de structurer le document indépendamment du périphérique de sortie, alors que les feuilles de styles CSS permettent sa mise en page. Cette dernière technologie supporte les écrans des navigateurs, mais aussi les synthétiseurs vocaux, l'impression, les imprimantes Braille, les écrans de télévision, etc. (se reporter à la liste complète) et permet de paramétrer la restitution du document en fonction du médium. Le document HTML strict (par opposition à transitionnel) n'utilise plus de balises pour sa présentation. La notion de gras, d'italique, de couleur de caractères ont disparu au profit de notions sémantiques. Plutôt que de mettre tel partie du texte en gras, taille 24 pixels, rouge sur fond bleu, ce qui va faire que l'utilisateur va le considérer comme un titre, on utilisera la balise <h1>titre de premier niveau</h1>. Dans un document séparé, la feuille de style, on utilisera la syntaxe CSS pour décrire la mise en forme des titres de type h1. L'intérêt de ce système est multiple. En particulier, il facilite grandement l'homogénéité des documents, dans la mesure où la feuille de style peut s'appliquer à un grand nombre de documents Web. (Pour plus de détails, se reporter à notre article pourquoi les standards). Mais au-delà de la simplicité de maintenance, séparer la structure de la présentation permet à chaque outil de navigation d'afficher le document en fonction des capacités de l'utilisateur et du périphérique de sortie.

Importance de l'accessibilité Web

A propos des travaux du W3C sur l'accessibilité du contenu Web, Tim Berners-Lee, toujours dans son ouvrage Weaving the Web, déclarait : L'essentiel de cet effort là n'est effectif que si les concepteurs Web prennent en compte l'accessibilité dans le cadre de leur travail. Les communautés techniques et handicapées ont travaillé ensemble pour produire un ensemble de recommandations sur les étapes à suivre les plus efficaces et les plus pratiques. Il s'agit là d'une lecture recommandée aux webmestres.

Les développeurs Web ont aujourd'hui une opportunité de rendre progressivement le Web accessible à plus de gens en utilisant des standards tels que CSS et (X)HTML. Parce que 2003 est l'Année Européenne du Handicap, parce que l'utilisation des standards du W3C permet de faire un grand pas dans le sens de l'accessibilité, il est du devoir de chaque concepteur Web de contribuer à l'amélioration du Web, surtout auprès des personnes qui en tirent le plus profit.

À propos de cet article

  • Openweb.eu.org
  • Profil : Débutant, Expert
  • Thème : Accessibilité
  • Auteur :
  • Publié le :
  • Mise à jour : 19 mai 2008

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