Dans le premier article, nous vous avons présenté le principe du card sorting. Découvrez désormais les différentes étapes de mise en oeuvre de cette technique, de la définition du protocole au bilan avec les utilisateurs, en passant par le choix des cartes à tester... C’est parti.
L’évaluation en ergonomie, que ce soit à travers un card sorting ou toute autre technique impliquant des utilisateurs, nécessite l’intervention d’un expert dans le domaine et la mise en place d’un protocole rigoureux. Il est également très important d’engager un évaluateur neutre : ne faites jamais réaliser l’évaluation par une personne impliquée dans la conception. On ne peut pas être juge et partie.
Le protocole va permettre :
La définition du protocole est fondamentale car elle va conditionner le card sorting et la pertinence des résultats que vous obtiendrez : si le protocole n’est pas correctement mis en place, le temps que vous investirez dans les tests peut déjà être considéré comme perdu !
Assurez-vous que les utilisateurs que vous sollicitez soient représentatifs de la population que vous ciblez. C’est l’analyse des profils utilisateurs qui va vous permettre de décrire en détails les caractéristiques ciblées et de définir des profils types (personas).
Les études scientifiques démontrent qu’il faut entre 20 et 30 utilisateurs par profil type identifié.
Vous pouvez recruter autour de vous, mais attention, il est important d’identifier d’abord la cible et ensuite de recruter. Faire appel aux personnes ne correspondant pas à la cible anéantirait vos résultats. Choisissez les utilisateurs parce qu’ils correspondent à votre cible et non par soucis de simplicité pour l’organisation de vos tests.
D’une manière générale, lors de tout test utilisateur, il est primordial de s’assurer que les scénarios de test proposés aux utilisateurs (les objectifs que vous leur proposez d’atteindre) soient représentatifs de leurs besoins (est-ce qu’ils correspondent vraiment aux attentes utilisateurs identifiées lors de la phase d’analyse).
Quand vous rédigez vos cartes, faites très attention :

Nombre de cartes
En moyenne, on préconise d’utiliser au maximum entre 50 et 60 cartes par card sorting.
Des contenus testables
Assurez-vous que les contenus à trier soient vraiment testables : par exemple cela n’a pas de sens de tester une loi, un organigramme ni même la façon dont une fonctionnalité doit interagir avec l’utilisateur.
Tester plusieurs niveaux dans l’arborescence
Généralement on s’arrange pour faire trier des contenus qui sont de même niveau dans l’arborescence (par exemple des contenus de niveau 2 dans des catégories de niveau 1).
Si vous souhaitez tester plus de deux niveaux, vous devez procéder par étapes. Admettons que vous testiez les trois premiers niveaux d’une arborescence, vous devez définir une première étape pour faire trier des cartes de niveau 3 dans des catégories de niveau 2, puis une seconde étape pour faire trier des cartes de niveau 2 dans des catégories de niveau 1.
Trop de cartes ?
Quand on souhaite aller plus en profondeur et tester les niveaux 3, 4 et 5, on est vite confronté à un nombre trop élevé de cartes. Il vous faudra donc faire des choix et définir des priorités. Faire des échantillons sur base d’une sélection aléatoire est une éventualité à considérer.
Une fois que vous disposez de tous les éléments pour commencer le card sorting, vous pouvez vous atteler à l’organisation de la séance, la préparation du matériel et le déroulement du test.
Card sorting in situ
Prévoyez deux évaluateurs par séance : un animateur qui se consacre aux participants, puis une personne qui s’occupe de la logistique, qui note et gère la réception des données.
Le grand avantage du card sorting in situ est qu’il permet une fois le test réalisé de revenir sur certaines hypothèses en direct avec les utilisateurs. Ces derniers peuvent ainsi expliquer leurs choix, indiquer les difficultés rencontrées, etc. Les informations recueillies sont précieuses car elles permettent d’identifier très rapidement les contenus incompris.
Card sorting à distance
Le principal avantage du card sorting à distance est que vous pouvez, sans grand souci logistique, faire appel plusieurs fois aux utilisateurs et organiser votre card sorting en plusieurs étapes.
Pensez également à annoncer le temps global nécessaire à la réalisation du test lors des consignes introductives. Cela vous évitera de perdre des utilisateurs en cours de route.
Card sorting in situ
Cartes cartonnées (format 15*10cm), post-it, élastiques, stylos, une table assez spacieuse, etc. Prévoyez des cartes vierges pour les gens qui souhaitent ajouter des contenus ou placer une carte dans plusieurs rubriques.
N’hésitez pas à recycler votre matériel de bureau : les cartes peuvent par exemple être découpées dans des intercalaires.
Card sorting à distance
De nombreux outils sont à votre disposition tels que Optimalsort ou Websort sont à votre disposition.
Phase 1 : accueil et consignes
Lors d’un card sorting in situ, étant donné que vous avez la possibilité de répondre plus facilement aux questions des utilisateurs, la formulation de la consigne est moins critique. Faites néanmoins très attention à plonger les utilisateurs dans les mêmes conditions en respectant le protocole établi. Pour un card sorting à distance, faites vraiment attention à la consigne et au déroulement du tri, vous n’aurez pas le droit à l’erreur.
Phase 2 : demandez aux utilisateurs de trier les cartes
C’est parti, chaque utilisateur peut trier les cartes qu’il a à sa disposition :
Phase 3 : demandez aux utilisateurs de nommer les catégories
Cette phase vaut uniquement pour un card sorting ouvert, lors duquel on demande aux utilisateurs de classer les cartes dans des catégories qu’ils créent eux-mêmes.

Phase 4 : faites le bilan avec les utilisateurs
Cette phase est normalement réalisée lors d’un card sorting in situ et plus difficilement applicable pour un card sorting à distance.
A la fin du card sorting expliquez la finalité du test aux utilisateurs :
Vous avez désormais toutes les "cartes" en main pour mettre en place un card sorting. Dans le prochain article de la série, nous verrons comment analyser les résultats en vue de la reconception.
Crédit photo : Gautier Barrère Licence : Creative Commons Attribution-ShareAlike
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